Quoi de neuf à l’ASCO 2019 en cancérologie thoracique ?

Retour du Professeur Couraud

L’ASCO, c’est l’American Society for Clinical Oncology, le plus important congrès mondial de cancérologie auquel participent chaque année à Chicago plus de 40000 professionnels.

Cette année, nous n’avons pas vécu de grands scoops dans le domaine du cancer du poumon, mais nous pouvons toutefois retenir plusieurs avancées intéressantes.

Les résultats à long terme (5 ans) d’une des toutes premières études évaluant une immunothérapie (le pembrolizumab) dans le cancer du poumon, ont été publiés. Ils montrent que, dans des cancers du poumon avec métastases au diagnostic, près d’un quart des patients qui ont reçu cette immunothérapie en première ligne de traitement (c’est-à-dire au début de la maladie) sont en vie à 5 ans. Des résultats très encourageants pour cette nouvelle modalité de traitement des cancers.

Nous avons également beaucoup parlé d’immunothérapie néo-adjuvante, c’est-à-dire un traitement par immunothérapie délivré AVANT la chirurgie dans les cancers opérables. Les résultats rapportés à Chicago sont moins bons qu’espérés lorsque l’immunothérapie est délivrée seule, mais sont plus intéressants lorsque l’immunothérapie est délivrée avec une chimiothérapie. Cette stratégie reste toutefois à tester, dans des essais cliniques, pour savoir si elle est réellement efficace.

Enfin, plusieurs nouveaux traitements ciblés ont été présentés. On rappelle que les cancers sont désormais classés en fonction d’anomalies (le plus souvent des mutations) qui sont présentes dans leurs gènes. Ces anomalies, lorsqu’elles sont présentes, permettent à des médicaments spécifiques (les thérapies ciblées) de venir détruire ces cellules en particulier. On rappelle que ces anomalies sont présentes sur les cellules du cancer uniquement (et non sur les cellules normales) et qu’elles ne sont donc pas transmissibles aux enfants/descendants : ce n’est pas une maladie génétique ! Cette année, le traitement de trois nouvelles cibles a été démontré comme efficace : les mutations de MET (3-4% des patients), les fusions de RET (1% des cas), et certaines mutations de l’EGFR. Jusqu’à présent, les patients présentant ces anomalies devaient être traités par chimiothérapie, mais bientôt ils pourront être traités par comprimés. Enfin, des résultats très très préliminaires concernant certaines mutations dans KRAS ont été aussi rapportés. Ces résultats sont particulièrement importants puisque cette altération concerne plus de 12% des patients (plus de 1 sur 10) et que cette altération était jusqu’à présent considérée comme impossible à cibler ! A suivre donc !